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Kunstbulletin, Gauthier Huber October 2013 Article
Kunstlack von Nicole Hassler Annabelle "Nicole Hassler adapts everyday cosmetic products
and transforms them into art..."
Juillet 2009, Zürich

Nicole Hassler
Lives and works in Geneva, Switzerland

Nicole Hassler adapts everyday cosmetic products and transforms them into art. Her work is an art of appropriation and is influenced by Minimal and Conceptual Art. In her work, she combines past personal experience, meditation on the history of art, and the philosophy of physical appearance. This last consideration introduces metaphysical questioning on the reality of all appearance.
She has painted with foundation makeup, compact powder and nail polish. Nail varnishes constitute the material of choice of Nicole Hassler's painting since 1999.
She examines them for what they are and, while moving them into the field of art, returns them to their objective nudity: color and matter.

"Contemporary art is, in a language of self-reference, an observation of phenomena suitable to recycling, in all the industries of reality. Nicole Hassler diverts the function – nail painting – to make a performance of the nail varnish. And shows, in passing, what nourishes this reality: the art of seduction and the ephemeral codes of self appearance. Between the manufacturer of the cosmetic product and the anonymous woman who will wear one of these hues like an ornament, there is the artistic gesture of Nicole Hassler, who holds the mirror." M.A.
Since the summer of 2007, Nicole Hassler has worked with the O.P.I product line of nail varnish as it carries approximately 250 different shades of color with an excellent and wonderful sheen.

Usually she paints on small surfaces (lacquer on fiberglass honeycomb). One bottle of O.P.I is enough to cover one small surface; the paintings are then assembled in a strict order determined by the artist. For example: CLASSICS, 2007)

Plans for a gallery installation in Switzerland, covering a 14 meter long wall with nail lacquer paintings were made possible with O.P.I

Marguerite Menz "Cosmétique et produits de beauté..." Catalogue, 2007 Espace d'Art Contemporain Fernet-Branca

"L'art et la vie vont de pair, l'art et la vie sont tous deux des formes d'expression de la vérité". Piet Mondrian

Cosmétiques et produits de beauté. Le mot cosmétique vient du grec "cosmos" qui ne signifie pas seulement "univers" mais également "ordre" et "parure". Nicole Hassler transforme les produits cosmétiques en art. Au début de sa carrière artistique, il y avait des tableaux de nuit noire, de couleur anthracite ou gris. Pensait-elle déjà à cette période au maquillage? Aux traits de crayon à paupière, au mascara ou aux Japonaises qui. autrefois, se laquaient les dents en noir? Les peintures monochromes de noirs sont toutefois arrivées à un aboutissement, ne permettant que le retour à la lumière du jour et à la couleur.

En conservant son affinité à la monochromie et à une démarche artistique minimale, l'artiste a changé radicalement son nuancier et n'utilise plus que des matériaux provenant de l'industrie cosmétique. Elle a commencé par appliquer un fond de teint, mélangé aux résines de silicone ou d'alkyde sur un support en fibre de verre alvéolée — des séries de peintures carrées — dans différents tons de rose-beige-brun: "Dior, teint idéal. mat, 805 clair rose" ou "MAC, fond de teint satiné N2". Une surface peinte se transforme en peau et produit donc l'inverse de ce que des artistes comme Yves Klein ou Günther Brus pratiquaient au happening dans les années soixante, lorsqu'ils se servaient du corps comme support. Les Tondi d'une installation de 2002, "Compact Powder", portent des noms féminins. On peut les qualifier de portraits abstraits.

Parallèlement, on assiste aux premiers travaux utilisant du vernis à ongle, audacieux et colorés, 10 cm x 5 cm sur un support d'environ 3 cm d'épaisseur. Plus objet que tableau, les vernis sont souvent présentés par série, parfois de manière isolée dans un emballage hermétique en plastique transparent. L'art en format de poche. Alors que la surface des tableaux de maquillage semble tendre et veloutée, fragile même, le vernis à ongle forme une couche protectrice dure. La gamme des couleurs, notamment disponible sur le marché, est quasiment illimitée.
La série "Hot Red NP", 2004, à elle seule, regroupe cinq rangées constituées de vingt éléments chacune, et forme une peinture unique qui se décline en une centaine de tons de rouge différents. Il existe des vernis mats et brillants, fluorescents et phosphorescents, avec des paillettes ou nacrés.

La vidéo "Otage" (2004) montre une femme qui se vernit les ongles, — calme et concentrée. L'application du vernis serait abîmée par la moindre inattention ou par un mauvais mouvement. La scène est interrompue par des extraits d'un journal télévisé parlant d'une prise d'otages d'un avion au dénouement heureux. Parmi les otages libérés, une jeune femme voilée: Nicole Hassler. Cet événement est daté et pourtant les gestes réfléchis des mains agissent comme une incantation, comme un rituel permettant de surmonter le passé. La mémoire aussi s'inscrit dans son travail; des titres d'Oeuvre comme "Berlin NP", "Barcelona NP" ou "Glow in the Dark, London" renvoient aux séjours dans des villes étrangères, toujours à la recherche de nouveaux produits, où les délicats flacons aux couleurs précieuses ont été achetés.

Récemment ont été créés de nouveaux formats. La série "Ocean Nail Polish Paintings" (2007) rassemble pour la première fois, des rectangles peints de différentes tailles dans les couleurs rafraîchissantes de bleu-vert-gris de la mer. L'austérité de la structure horizontale-verticale des séries précédentes est atténuée au bénéfice d'un principe d'ordre plus rythmique. Aussi bien les grandes séries constituées de vingt-six tableaux, que l'assemblage de petits formats, recomposent un rectangle, et font penser inévitablement à des Oeuvres de Mondrian ou du groupe De Stijl. Theo van Doesburg avait écrit en 1921: "Peindre signifie, assembler les couleurs en une unité". Contrairement au passé, les couleurs de Nicole Hassler, — de vernis à ongle et de maquillage —, sont devenues sensuelles et expressives.

Marguerite Menz

Marguerite Menz "Kosmetika sind Schônheitsmittel...." Katalog, 2007 Espace d'Art Contemporain Fernet-Branca

"Kunst und Leben sind aber eins, Kunst und Leben sind beide Ausdrucksformen der Wahrheit". Piet Mondrian

Kosmetika sind Schônheitsmittel. ln den Kosmetika steckt das griechische Wort "Kosmos", das nicht nur "Universum" bedeutet, sondern auch "Ordnung" und "Schmuck". Nicole Hassler machtaus Kosmetika Kunst. Am Anfang ihres künstlerischen Werdegangs standen nachtschwarze Bilder, anthrazitfarbene, graue. Hatte sie damaIs schon an Schminke gedacht? An mit Kohlestift gezogene Lidstriche, an Wimperntusche oder daran, dass sich die Japanerinnen in früheren Zeiten die Ziihne schwarz gefarbt haben? Die monochromen schwarzen Bilder führten jedoch in eine Sackgasse, aus der nur ein Weg zurück ans Tageslicht und hin zur Farbe flihren konnte.

Die Einfarbigkeit, ihre Affinitiit zu einer aufs Minimum geliiuterten Kunstform sind geblieben, auch ais die Künstlerin ihre Farbpalette radikal anderte und nur mehr Materialien aus der Kosmetikindustrie verwendete. Vorerst ist es Make-up Puder, das sie mit Silikon oder Polyester vermischt auf einen Trager aus Fiberglaswaben auftragt - Serien von kleinen quadratischen Bildern in verschiedensten rosa-beige-braunen Tonen: "Dior, teint idéal, mat, 805 clair rose" oder "MAC, fond de teint satiné N2". Eine gemalte Flache verwandelt sich in Haut und damit geschieht eigentlich die Umkehrung dessen, was Künstler wie Yves Klein oder Günther Brus an den Happenings der Sechzigerjahre praktizierten, ais sie den Karper ais Leinwand benutzten. Die Tondi einer Installation aus dem Jahr 2002, "Compact Powder", tragen Frauennamen. Man konnte sie abstrakte Portrats nennen.

Daneben entstehen die ersten Arbeiten mit Nagellack, frech und bunt, 10 cm x 5 cm, auf einem knapp 3cm dicken Bildtriiger, mehr Objekt ais Gemalde. Meistens in Serien, manchmal einzeln in einer durchsichtigen, verschweissten Plastikverpackung. Kunst im Taschenformat. Wahrend die Oberfliiche der Make-up Bilder weich und samten, ja verletzlich erscheint, bildet der Nagellack eine harte, schützende Schicht. Das Spektrum der notabene auf dem Markt erhaltlichen Farben ist schier grenzenlos.

Allein die Serie "Hot Red NP", 2004, die in flinf Reihen mit je zwanzig Elementen zu einem mosaikartigen Wandbîld zusammengesetzt wurde, besteht aus hundert verschiedenen Rottonen. Es gibt matte und glanzende Lacke, fluoreszierende und phosphoreszierende, mit Pailletten durchsetzte, perlmutterne.

Das Video "Otage" (2004) zeigt eine Frau, die sich die Fingernagellackiert. Ruhig und konzentriert - die kleinste Unachtsamkeit oder eine falsche Bewegung und schon ist alles verpfuscht. Die Szene wird von Ausziigen aus einer Nachrichtensendung des Fernsehens über den glimpflichen Ausgang einer Flugzeugentführung unterbrochen. Vnter den befreiten Geiseln befindet sicheine junge Frau mit Kopftuch, Nicole Hassler. Das Ereignis liegt lange zurück und dennoch wirken die bedachtigen Gesten der Hande wie eine Beschwarung, wie ein Ritual zur Bewaltigung der Vergangenheit. Malen heisst auch sich Erinnern; Werktitel wie "Berlin NP", "Barcelona NP" oder "Glow in the Dark, London" verweisen auf Aufenthalte in fremden Stadten, wo man, immer auf der Suche nach neuen Produkten, die zierlichen, mit den wertvol!en Farben gefüllten flaschchen gekauft hatte.

ln jüngster Zeit sind neue Formate hinzugekommen. ln der Reihe der "Ocean Nail Polîsh Paintings" (2007) werden zum ersten Mal in den frischen blau-grün-grauen Farben des Meeres bemalte Rechtecke in verschiedenen Grossen zusammengefügt. Die Strenge der horizontal-vertikalen Struktur früherer Serien wird zugunsten eines rhythmischeren Ordnungsprinzips gemildert. Sowohl die grossen Kompositionen, die aus sechsundzwanzig, in lockeren Abstanden gehangten Farbfeldern bestehen, wie die kleinen, mit wenigen nahtlos verbundenen Teilen, bilden jeweils wiederum ein Rechteck und lassen unweigerlich an Werke von Mondrian und der De Stijl-Gruppe denken. Theo van Doesburg hatte 1921 geschrieben: "Malen bedeutet, Farben zu einer Einheit zusammenstellen". Farben, die bei Nicole Hassler anders aIs damaIs sinnlich und expressiv sind. Harmonie gestalten - mit Nagellack und Schminke eben.

Marguerite Menz

Auguste Vonville Catalogue, 2007 Espace d'Art Contemporain Fernet-Branca

Nicole Hassler a un parcours plus qu'atypique. De sa licence d'architecture intérieure aux monochromes noirs en passant par une période figurative, elle surprend par sa curiosité, son désir de ne pas se figer, voire de ne pas se sécuriser, mais être sans cesse à l'affût de ce que lui propose son propre travail.

Un entretien avec Nicole Hassler est tout aussi surprenant. Le secret, la pudeur obligent à user de stratagèmes pour cerner ce personnage riche et complexe.

Cette artiste plasticienne ne cache pas l'influence qu'a exercé sur elle le mouvement de l'Art minimal et conceptuel. Sa recherche l'a entraînée dans une série de monochromes noirs, très courageuse, dans la lignée de Marcia Hafif, ou même de Mosset, ou encore de Günter Umberg, ou Jerry Zeniuk dans l'histoire de la radicalité picturale, et saluée par Maurice Besset. "En donnant à voir la diversité des "noirs de noirs", purs qu'elle explore, elle entend mettre en évidence non pas tant la difficulté, relevée par Wittgenstein, que nous éprouvons à penser l'essence des couleurs, que la limite du pouvoir de la peinture de mettre en ceuvre les couleurs telles que nous les pensons" précise Besset.

D'aucuns croyaient que Nicole Hassler allait s'arrêter là, qu'elle allait entrer dans une impasse. C'était mal connaître son désir d'exploration. De tout temps dans son travail, la réflexion s'est portée sur la surface. Puis évolution logique, le support, ou comment peindre une surface, et sur quoi?

Nicole Hassler, là encore, a essayé plusieurs possibilités; le mur, la plaque de métal, la plaque de métal fixée directement au mur, ou avec un espace entre le mur et la plaque. Déplacer le support, ne pas le figer faisait aussi partie de ses questionnements.

Nicole Hassler, là encore, a essayé plusieurs possibilités; le mur, la plaque de métal, la plaque de métal fixée directement au mur, ou avec un espace entre le mur et la plaque. Déplacer le support, ne pas le figer faisait aussi partie de ses questionnements.

Et c'est là qu'elle découvre l'aluminium alvéolé - nids d'abeille (Honeycomb). La légèreté du support se met en harmonie avec la légèreté recherchée dans sa progression artistique. La surface reste la question posée.

"Quand je me suis mise à explorer les fonds de teints, j’ai compris que c’était une matière colorante, colorée, et c'est aussi une surface... puis est venue sur le plan philosophique l'histoire de l'apparence" précise Nicole Hassler. Cette nouvelle aventure artistique autour de la séduction, de l'identité et de la féminité l'entraîne sur des voies innombrables. Dans sa série de peintures "Fonds de teints" (1995-97), elle est devenue son propre cobaye en appliquant les fonds de teint sur son visage en variant les nuances, et photographiant systématiquement le résultat. Puis ont suivi "Elle à Lui" (2001) et Collection "Printemps-Eté" (2005).

"Mon travail a bien sûr un rapport avec ma vie quotidienne, soit par les correspondances, soit par les rencontres privées ou non" commente Nicole Hassler. L'utilisation de produits cosmétiques permet aussi à l'artiste d'amener une part d'ironie, et loin d'elle l'idée d'avoir des positions féministes. C'est le rapport à la mode qui la séduit, ce qui est actuel et qui se projette dans l'avenir. Et Nicole Hassler se laisse entraîner par son propre travail, sa propre recherche. "II y a des choses que je fais aujourd'hui auxquelles je ne songeais pas un seul instant il y a six mois" précise-t-elle.

S'enfermer dans une forme d'expression ne lui convient pas. Nicole Hassler a envie de fouiller dans différentes voies: la photographie, la vidéo, l'écriture... Et elle les a déjà tentées toutes. La photo avec les autoportraits, ou encore les "Torses, Kusadasi" (1999), ou les "Torses, New York" (1999), la vidéo avec "Wannsee" (2001) et "Otage" (2004). Réalisée vingt ans après un fait tragique, on y voit l'artiste s'appliquant du vernis à ongles alors que sont diffusées des informations sur le détournement d'avion dont elle fut l'une des otages. Geste de séduction dans un univers de violence, l'apparence face à l'information directe...

Les nombreuses voies qui s'offrent à Nicole Hassler ne sont pourtant pas un égarement, bien au contraire. Et quand elle avoue avoir l'envie d'écrire, elle rajoute que cela reste dans la cohérence. "Cela a trait à l'apparence, il y a un voile qui cache, il faut prendre ce qui est donné à voir, on ne sait pas ce qui est derrière, il n'y a que la surface" dit-elle.

La sensualité, le secret bien gardé, l'apparence sont les leitmotivs de son positionnement artistique. Suggérer, ne pas tout dire, pas de démonstration.

Mais au-delà de ces considérations, il y a surtout une volonté de liberté, liberté de la surprise, liberté de la création, ne pas s'enfermer... "la liberté, c'est ce qu'il y a de plus compliqué, mais c'est ce qui nous permet d'aller très loin".

Auguste Vonville

Suzanne Meier-Faust Parcours sans faute! Die Oberbadische, 6 août 2007, Lörrach

Parcours sans faute! Brillante présentation de Nicole Hassler à l'Espace d’Art Contemporain Fernet-Branca, Saint-Louis.

La première exposition monographique à l’étage de l' "Espace d'Art Contemporain" est dédiée à une artiste originaire de Saint-Louis vivant à Genève. Nicole Hassler montre de grandes séries composées de petits formats rectangulaires en couleur et de nouveaux travaux. Au premier regard se pose la question: peinture ou objet ? Les surfaces brillantes des différentes séries, aux déclinaisons de couleur des plus douces aux plus saturées, ont un fondement plastique. Le support alvéolé - cité dans la description des travaux sous "honeycomb" - est une surface de fibre de verre dont la tranche est composée d’alvéoles en aluminium et qui reflètent. Les surfaces des travaux sont à première vue d’une seule couleur, bien que l’on puisse découvrir quelques particularités sur ces morceaux monochromes: comme des paillettes dans les couleurs, par exemple dorées dans les rouges, ou violacées dans les nacrés, ou de légères traces irisées dans le ton de base. Une vidéo aide à la compréhension, ainsi que la lecture du catalogue (bilingue français-allemand). Nous voyons dans l’extrait de film une main qui laque soigneusement les ongles de l'autre main...

Les séries se composent en effet intégralement de tous les nuanciers de couleur des produits de vernis à ongle. Quelques titres de séries de Nail Polish (NP) - donnent aussi des renseignements sur le lieu de leur réalisation artistique. Les visiteurs les plus expérimentés du vernis à ongle s'étonneront de la quantité de couleur qu’offre l'industrie de produits cosmétiques. (En outre, force est de constater que nous vivons dans un monde qui surabonde en marchandises: par qui cette variété de vernis à ongle est-elle employée - sinon par un artiste ?) Chaque série présente une gamme différente de couleurs et est composée de 100 vernis individuels (10 x 5 cm, format total d'un tableau: 80 x 250 cm). La dimension du support est choisie de telle sorte que le contenu d'un flacon de couleur suffise pour en recouvrir la surface. Il y a la série de couleur fluorescente totalement jaune-verdâtre dont seulement trois vernis dispersés dans les cinq rangées sont roses, il y a la série composée de différentes couleurs intenses, puis une dans tous les tons chauds de rouge et une série totalement claire et douce, plus discrète, dont les tons sont nobles et purs. Toutes ces séries sont accrochées dans un ordre strict de cinq séries transversales avec chacune 20 objets de peinture. En dehors des séries de vernis, Nicole Hassler présente également deux séries de peintures monochromes avec des nuances de couleur dans les tons de chair, qui diffusent une harmonie calme. La valeur des couleurs des douze peintures au format tondo est proche du bronzage d’été, tandis que les cinq grandes peintures verticales sont proches de l’incarnat humain.

Par ces travaux, Nicole Hassler se positionne en tant qu’artiste par l’appropriation des produits de consommation de l’industrie cosmétique, utilisée comme procédé de peinture. D’autres artistes l’ont élu en tant que moyen d'expression, par exemple, le rouge à lèvres (Janine Antoni, Eva Schwab), les savons (Ingeborg Lüscher) ou les emballages de cosmétiques (Sylvie Fleury). Avec son travail spécifique, Nicole Hassler a été invitée à participer à l’exposition collective "Sexwork" au Frauen Museum à Bonn en 2006, qui a fêté ses 25 ans d'existence.Elle y a eu également une exposition personnelle à Berlin et a été à plusieurs reprises représentée aux expositions dans la région des trois frontières.

Avec le travail vidéo déjà mentionné, Nicole Hassler montre non seulement de manière claire le lien avec les séries de vernis à ongles, mais réalise un contraste entre le mouvement concentré du laquage des ongles et des informations documentaires sur le détournement d’un avion dont elle a été victime.

La grande salle "White Cube" est soulignée de façon optimale de son importance par la mise en scène des œuvres, des grandes séries de "Tableaux" et des nouvelles peintures "Ocean". Ces travaux diffèrent ici des vernis, par le choix de couleur de tonalité plus froide, par leur forme, par les travaux composés de quatre pièces dont la tranche est d’épaisseur variable. Comme le titre l’indique, les travaux présentent des tons à dominante bleue et verte. Les peintures uniques composées de quatre vernis sont également réalisées dans des couleurs bleu-vert et turquoise dont la surface est miroitante. La composition rectangulaire (80 x 230 cm) de 26 peintures nous invite à voir une image de la mer, telle que nous la connaissons dans le travail de composition géométrique de Mondrian. Les différentes profondeurs de certaines des petites peintures ainsi que leur format variable nous rappelle aussi le mouvement antinomique des vagues, du va et vient, mais aussi de l'eau en surface. Les pièces uniques recomposées, sur le thème "Ocean", ont des profondeurs de champs différents et sont réalisées dans une gamme variée de bleus et de verts.

Tous ces travaux sont ordonnés sur une grille établie et donnent une perception de voyage ainsi que par l’indication de leur titre. Ce n’est plus seulement le produit cosmétique qui orchestre le sens du travail mais ce sont les couleurs qui provoquent la sensation de l’eau, de la fraîcheur, de l’horizon de la mer pour les œuvres intitulées "Ocean". Ainsi, par l’organisation du rythme établi, Nicole Hassler crée des vues de paysage, dans laquelle elle s’apparente à une ligne d’artiste tel que Richard Diebenkorn (Ocean Park Series). Avec cette importante exposition personnelle, le travail de l’artiste s’inscrit une fois de plus dans la mémoire du public.

Conclusion: brillante présentation!

Susanne Meier-Faust

Suzanne Meier-Faust Da ist kein Lack ab! Die Oberbadische, 6 août 2007, Lörrach

Da ist kein Lack ab! Glänzender Auftritt für Nicole Hassler im Kunstraum Fernet Branca, Saint-Louis

Die erste Einzelschau im Obergeschoss des "Espace d’art contemporain" ist einer aus Saint-Louis stammenden, in Genf lebenden Künstlerin gewidmet. Nicole Hassler zeigt große, farbige Serien kleiner hochrechteckiger Formate und neue Arbeiten. Schon beim ersten Ansehen stellt sich die Frage: Sind es Bilder oder Objekte? Die glänzenden Oberflächen, die in den verschiedenen Serien sanfte bis gesättigte Farben ausstrahlen, haben einen plastischen Unterbau. Dessen wabenförmiges Trägermaterial – in der Beschriftung der Arbeiten "honeycomb" genannt – ist silbrig schimmerndes Fiberglas. Die Oberflächen der Arbeiten sind auf den ersten Blick einfarbig, doch lassen sich dann doch einige Besonderheiten zwischen den monochromen Stücken entdecken: gesprenkelte Farben, zum Beispiel Gold in Rot oder Lila in Perlmutt, oder leichte Schlieren im Grundton sowie eine bogenförmige Rahmung. Ein Video hilft auf die Sprünge oder die Lektüre des Kataloges (zweisprachig französisch-deutsch). Wir sehen im Filmausschnitt eine Hand, die sorgfältig die Nägel der anderen Hand lackiert...

Die Serien bestehen tatsächlich aus den unvermischten Farbtönen von ganzen Nagellack-Produktpaletten. Die Titel einiger Nail Polish(NP)-Bildserien geben auch Auskünfte über den Ort ihrer künstlerischen Herstellung. Selbst Nagellack erfahrene Besucherinnen werden sich wundern, welche Farbauswahl die Kosmetik-Industrie bietet. (Nebenbei wird hier wieder einmal deutlich, in welch üppiger Warenwelt wir leben: Wird diese Nagellackvielfalt gebraucht – außer von einer Künstlerin?) Die Farbtöne sind differenziert in der jeweiligen Serie von immerhin 100 Einzelwerken (10 x 5 cm, Gesamtformat eines Tableaus 80 x 250 cm) eingesetzt. Dabei ist das Format der Einzelarbeit so gewählt, dass der Inhalt eines Produkts für den Farbauftrag einer Oberfläche ausreicht.

Es gibt die Serie von grünlicher Leuchtfarbe mit versetzt integrierten rötlichen Einsprengseln in drei von fünf Reihen, es gibt die dunkel-intensive Serie mit unterschiedlichen Farben, dann die in allen Rotvariationen warm-leuchtende und eine ganz sanft-helle, zurückhaltende, edel-puristische Serie. Alle diese Serien sind in strenger Ordnung von fünf Querreihen mit je 20 Bildobjekten gehängt. Außer den Lackserien präsentiert Nicole Hassler auch zwei Serien monochromer Puderton-Bilder, die mit ihren Farbabstufungen ruhige Harmonie verströmen. Die Farbskala der zwölf Rundbilder ist dabei von gesättigter Sommerbräune, während die fünf großen Hochrechtecke die hautschmeichelnde Oberflächenwirkung des menschlichen Inkarnats nachempfinden lassen.

Mit den genannten Arbeiten stellt sich Nicole Hassler als eine der Künstlerinnen vor, die mit Produkten der kosmetischen Konsumgüterindustrie je eigene bildnerische Verfahren entwickelt haben. Andere Künstlerinnen haben zum Beispiel Lippenstift (Janine Antoni, Eva Schwab), Seifen (Ingeborg Lüscher) oder Kosmetikverpackungen (Sylvie Fleury) als Ausdrucksmittel gewählt. Mit ihrer spezifischen Arbeit war Nicole Hassler 2006 an der Gruppenschau "Sexwork" im Bonner Frauenmuseum zu dessen 25jährigen Bestehen beteiligt. Sie hatte eine Einzelschau in Berlin und war wiederholt bei der Regionale im Dreiländereck vertreten.

Mit der bereits erwähnten Videoarbeit zeigt Nicole Hassler nicht nur explizit die Verbindung zu ihren Nagellackserien, sondern nutzt die gleichförmige Bewegung des konzentFingernagellackierens als Kontrast zu den dokumentarischen Aufnahmen einer Flugzeugentführung, deren Opfer sie selbst war. Die Ausstellung inszeniert sich im "White Cube" der großzügigen Räume optimal und unterstreicht deren Weite durch die zahlreichen, zu großen "Tableaus" zusammengesetzten Serien und die breit gestreut gehängten Einzelbilder der neuen Werkgruppe "Ocean". Diese unterscheidet sich von den bisherigen seriellen Lackarbeiten durch die kühle Farbkonstellation und durch die Präsentationsform, bei Einzelarbeiten durch die reliefartige Zusammensetzung aus vier unterschiedlich tiefen Bildteilen. Wie der Titel nahe legt, sind die Arbeiten von schimmernden Blaugrüntönen dominiert. Unter den jetzt zum Teil auch querformatigen Einzelarbeiten einer Serie sind neben den blauen, grünen und türkisfarbenen auch helle, silbernglitzernde Oberflächen. Die als querrechteckiges Tableau (80 x 230 cm) locker gestreut gehängten 26 Bildobjekte geben eine übertragene Sicht des Meeres, wie wir sie in der flächig-linearen Abstrahierung bei Mondrian kennen. Auf die gegenläufige Bewegung der Wellen, auf das Auf und Ab der Wasseroberfläche spielen nicht nur die Formatvarianten, sondern auch die unterschiedlichen Tiefen einiger der kleinen Bildobjekte an. Die kompakten Einzelwerke zum Thema "Ocean" tragen diese Tiefensprünge in sich selbst und zeigen intensive Farbstellungen von Blau und Grün. Alle Arbeiten bleiben einer geordneten Struktur unterstellt, doch geben diese Bilder über sie selbst hinausweisenden Vorstellungen Raum durch den Titel. Nicht mehr das Material eines kosmetischen Produkts allein ist titelgebend und damit Leitfaktor der Deutungsansätze, sondern bei "Ocean" sind nun die Farb- und Erscheinungswerte des Lacks entscheidend für Vorstellungen von Wasser, Kühle, Horizont, Meer. Damit schafft Nicole Hassler mit ihren Gestaltungsmitteln Strukturen zu einer Landschaftssicht, mit der sie sich in Gesellschaft von Künstlern wie Richard Diebenkorn (Ocean Park Series) befindet.

Mit dieser großen Einzelschau verankert sich die Arbeit der Künstlerin ein weiteres Mal im Bewusstsein der Öffentlichkeit. Fazit: ein glänzender Auftritt!!

Susanne Meier-Faust

Aline Cunningham-Tinguely Nicole Hassler, Détournements Tendance Déco, février-mars 2005, Renens

Nicole Hassler, artiste plasticienne multimédia (peinture, photographie et vidéo) vit et travaille à Genève. Son art qui s’apparente au maquillage n’en révèle qu’un aspect. Son support privilégié reste insolite, il s’agit de sublimer l’épiderme. Nicole Hassler s’enracine dans des événements vécus où chaque épisode paraît y avoir laissé une trace indélébile.

Grâce à une mise à distance, Nicole Hassler poursuit un subtil processus de détachement. Dans ses peintures monochromes, réalisées à partir de pigments cosmétiques industriels – fond de teint, poudres, vernis à ongles, rapportés des villes où la plasticienne a vécu – , elle nous présente des surfaces lisses et sensuelles dont la touche s’avère invisible.

À Berlin, où elle séjourne un an grâce à une bourse de la Fondation de la Culture Landis & Gyr, plus deux cents vernis à ongles de couleurs diverses s’offrent à elle. Quelle aubaine ! Puis c’est Londres. Et voici les enduits fluorescents et phosphorescents qui composent Vernis Phosphorescent, Nail Colour, 2005, où la couleur se révèle dans l’obscurité. Les peintures Glowing Paintings, 2004, font écho à ses vernis dans une dimension agrandie (30 x 60 cm). Ce travail s’inscrit dans la tradition des laques chinoises qui dotent les surfaces d’une apparence ultra-brillante. Les couleurs, déclinées dans les teintes de rouge à lèvres, portent au rêve par leurs noms: Envoûtant, Fire, Rouge Baiser ...

Sa dernière vidéo, Otage, 2004, réalisée vingt ans après un fait tragique, révèle l’artiste s’appliquant du vernis à ongles alors que sont diffusées des informations sur le détournement d’avion dont elle fut l’une des otages. Ce document mémoire apparaît comme un exutoire simultané au geste à la fois méthodique et nonchalant qu’il dépeint. Nous voilà confrontés à la passivité de l’écoute face à l’impact des informations télévisuelles.

Collection Printemps-Été 2005, est une série de peintures à l’huile (200 x 100 cm) dont les couleurs cosmétiques correspondent aux teints des Madones de la Renaissance italienne. L’artiste privilégie celles de l’Annonciation des grands maîtres italiens : Fra Angelico, le Pérugin, Léonard de Vinci, Raphaël, puis explore aussi les Vierges de l’École du Nord. Ces figures semblent receler un naturel inconvenant en privé. Au regard de ces chefs-d’œuvres, qui offrent la synthèse de toutes les découvertes techniques des XVe ou XVIe siècles, l’artiste s’attache avant tout à la perfection que dégagent leurs tonalités et à révéler la pureté de leurs chairs.

On se souvient de la série de peintures : Elle à Lui, 2001, triptyque qui narre une histoire de peau  personnelle et de Compact Powder, 2002, composée de douze réalisations cosmétiques irisées en forme de "tondo", chacune évoquant le souvenir de la carnation d’amies rencontrées dans la capitale allemande. Nicole Hassler ne se limite pas au monde féminin : parfois, une variante masculine l’emporte, ainsi dans ses photographies-documents qui représentent des torses: Torses, Kusadasi, 1999, exposées au Centre Culturel Suisse de Paris, en 2003, dans le cadre de l’exposition Mursollaici . Le corps sublimé masculin apparaît également dans une série de peintures "tondo" de l’installation : Lui, 2002, (400 x 800 cm).

Nicole Hassler vise ainsi à atteindre le spectateur au plus profond de sa sensualité. Son côté artificiel, enjôleur, séducteur, subtilement ironique semble nous corrompre et nous déstabiliser. À travers les modifications qu’il apporte à une morphologie, en voulant rendre une apparence attractive, sublimer un visage, le make-up, qui existe depuis plus de cinq mille ans, n’a-t-il d’ailleurs pas pour but essentiel d’opérer une métamorphose, de réinventer une nouvelle esthétique, de véhiculer un rôle social ou d’exalter un sens?

Aline Cunningham-Tinguely

Valérie Maire "A fleur de peau" 24 Heures, 17 mars 2005, Lausanne

A fleur de peau

Quelle femme ne s’est jamais fait les ongles devant la télé, appliquant avec soin une couche de vernis sur fond d’horreurs balancées par la vedette du petit écran? A Confer, la plasticienne Nicole Hassler en fait le sujet d’une vidéo qu’elle encadre d’une palette de cinq fonds de teint poudreux pour la Collection Printemps-Eté (inspirés des carnations d’Annonciations de la Renaissance, de Léonard de Vinci, Filippo Lippi, Piero della Francesca, Sandro Boticelli ou Fra Angelico) et d’une série de monochromes à la peinture alkyde et… au vernis à ongles, camaïeux de rouges aussi luisants que gourmands, dont les seuls titres – Envoûtant, Diabolique, Lune rousse ou Charme d’Orient – évoquent à eux seuls féminité et séduction. Poudres libres, fards, rouges à lèvres, gloss… Nicole Hassler travaille à fleur de peau, jouant des incarnats soyeux et de la texture, de la nuance qui fait toute la différence, du vernis qui cache et qui soutient mais qui permet aussi la distance. Coquette, Hassler? Certainement. Frivole? Certainement pas. Car à gratter sous la laque transparente ou le vermillon, c’est une mémoire qui se révèle, celle du jour dans la nuit noire, mémoire de soi, intime et troublante.

Valérie Maire

Eveline Notter Nicole Hassler, Détournements Tendance Déco, février-mars 2005, Renens

Nicole Hassler procède par séries sur divers supports graphiques: peinture, photographie et vidéo, à travers des œuvres qui touchent à l’intime. Toutes évoquent des identités féminines et masculines – des rencontres, des amitiés, des histoires de séduction – dont elle n’a souvent conservé que la simple enveloppe corporelle. Même si seule la superficie est représentée, en l’occurrence la carnation, l’exercice laisse entrevoir en toile de fond une profondeur dans le regard de l’artiste...

Au plaisir procuré par l’éclat lumineux d’une palette allant de l’ivoire à la terra cotta, s’ajoute l’aspect sensuel et velouté d’une texture invitant au toucher. Les compositions glamour de Nicole Hassler flirtent avec les armes de la séduction féminine parce qu’elles ont été réalisées à partir de pigments industriels appartenant à l’univers des cosmétiques. Le matériau se décline en fond de teint, fards et poudres fines, autant d’artifices et de travestissements qui fétichisent le corps, tout en l’esthétisant...

A la subjectivité de l’iconographie s’oppose l’objectivité de la pratique. Les œuvres renvoient chacune à un référent – bien réel, mais sublimé – qui a été doublement dématérialisé puisque, après avoir subi l’épreuve de l’expression, sa substance a été conservée et imprimée en aplats. Des surfaces planes de ses monochromes couleur chair (Fonds de teint, 1995-1997; Elle à Lui, 2001 et Compact Powder, 2002), de ses photographies de torses masculins (Torses, 1999) ou encore de ses peintures laquées réalisées au moyen de vernis à ongle (Vernis, 2001-2003 et Glowing Paintings, 2004) découlent toujours un processus de détachement, une mise à distance où la touche s’avère invisible.

La démarche de Nicole Hassler s’apparente à l’art de la coquetterie féminine. Les activités qu’illustrent ses dernières vidéos peuvent paraître, à première vue, des plus frivoles: une femme qui se prélasse dans une station balnéaire (Wannsee, 2001) ou qui applique du vernis sur ses ongles (Otage, 2004)...

Mais le caractère répétitif d’un mouvement, celui des vagues dans l’une des vidéos, le glissement d’un petit pinceau dans l’autre, occupe et libère à la fois leur protagoniste, en dissipant les petits tracas du quotidien, les nouvelles diffusées à la radio ou les réminiscences d’un passé qui s’éloigne.

Eveline Notter

Lysianne Léchot-Hirt "Nicole Hassler" Catalogue d'exposition: Quoi de 9/11 Photographes de Genève Centre de Photographie, décembre 2002, Genève

Nicole Hassler

Maquillage, peinture : choisir les couleurs, étudier les effets de lumière en fonction des textures, varier les nuances à l’infini entre beige et chair : les travaux photo de Nicole Hassler s’attachent à traquer la variante de teinte, de texture, à susciter le désir par évocation de la peau, du corps. Aux premiers « autoportraits au fond de teint » (1995) se sont substituées d’autres images, plus complexes, mettant en scène une narration minimale, une histoire de désir, de rencontre (1999/2002). Avec cette nouvelle série de photographies, l’univers de la représentation féminine est brusquement pénétré par une dimension masculine, brute et pour tout dire assez brutale. Loin de la sublimation du visage ou du corps dans les litanies verbeuses des maquilleurs – mate clair, rose cristallin, facettes lumières, satinée perfection – les photographies de torses masculins font irruption comme des machos. Anonymes et si particuliers, poilus, suants, musclés ou un peu bedonnants, les torses ne sont pas que des avatars d’une étude de support. Ils sont aussi une présence presque immédiate, une apparition de la chair sous la peau. Ici, les variantes de teintes, de textures et de volumes sont arbitraires, conséquences de l’âge, de l’absence ou de l’abus d’exercice physique ; la photographe a saisi le réel, sans préparation préalable. Au-delà de l’effet de catalogue, qui est de toute façon très restreint, et à cause des formats de tirage assez importants, tout se passe comme si la première apparence ironique qui saute aux yeux cédait très rapidement devant une forme d’attention curieuse, bienveillante, envers ces fragments de corps qui se donnent à voir comme des masques : tétons et nombril miment la structure fondamentale d’un visage.

Lysianne Léchot-Hirt

Marguerite Menz "Nicole Hassler in der Galerie Rosa Turetsky" Kunst-Bulletin, octobre 2002, n°10, Zürich

Nicole Hassler in der Galerie Rosa Turetsky

Mit zwanzig Jahren studiert sie an der Kunstschule in einer fremden Stadt. Sie sucht Arbeit und findet eine Anstellung als Maniküre. "mann nennt sie die Künstlerin, so gut trägt sie den naggellack auf", schreibt Nicole Hassler. Dann beginnt sie, schwarze Bilder zu malen. Vielleicht um die farbigen Fingernägel zu vergessen. Schwarz war in Mode.

Heute malt die in Genf lebende Künstlerin ausschliesslich mit Farbpigmenten aus der Kosmetikindustrie, mit Fond de teint, Puder und mit Nagellack. "Compact Powder", 2002, heisst eine der neuesten Arbeiten, die bei Rosa Turetsky zu sehen sind, eine Installation bestehend aus zwölf Tondi, jedes mit einem Durchmesser von 40cm, in drei übereinanderliegenden Reihen angeordnet und in zwölf verschiedenen Hauttönnen gemalt. Die Oberfläche ist matt, im Licht leicht irisierend. Man ist versucht, mit dem Finger darüber zu streichen. Es bleibt nichts hängen, denn der Puder wurde in mehreren Schichten mit Kunstharz vermischt aufgetragen. Der Bildträger besteht aus 26mm dicken Fiberglaswaben, was die Dinghaftigkeit der Malerei – und damit auch die Analogie zum Schminkkätschen – hervorhebt. Auf der Etikette wird jedem Farbton ein Frauenname zugeordnet. Die hellhäutige Marianne, Nelly, braungebrannt, Véronique, Barbara usw.: "Compact Powder" ist nicht nur eine Metapher für weibliche Verwandlungs- und Verführungskunst, sondern auch eine Hommage an all jene Frauen, denen Nicole Hassler während ihres Berliner Jahres begegnet ist.

Nelly trifft man wieder, in einem Video in sieben Bildern, das im Frühjahr 2001 am Wannsee in Berlin entstanden ist. Vom Wind geschützt sitzt sie in einem der nummerierten Strandkörbe, die am fast menschenleeren Strand auf Kundschaft warten. Nelly räkelt sich, blättert in einer Modezeitschrift; man sieht nackte, sauber epilierte Beine, einen Arm. Gepflegte Langeweile und unterkühlte Erotik. Wolken ziehen vorbei, der Sommer lässt auf sich warten.

"Lui" , 2002, ist sozusagen das Gegenstück zu "Compact Powder". Auch bei "ihm" geht’s um die nackte Haut. Diesmal hängen zwischen den monochromen Rundbildern einzelne Farbfotografien (C-Prints auf Aluminium) im gleichen Format. Es sind Details aus einer Männerbrust, vergrössert und ungeschminkt. Wie in einem dermatologischen Lehrbuch ist jede Unebenheit, jede Pore, ja der kleinste Pickel zu erkennen. Manchmal entsteht durch einen etwas hervorstehenden Knochen eine hügelige Hautlandschaft. Die Plastizität der Fotografie bildet einen starken Gegensatz zu den Tondi, die in den mannigfachen Farbnuancen der Haut gemalt sind. Die glatte Oberfläche der Malerei ist bloss noch ein Reflex, ein blindes Spiegelbild der Sinnlichkeit, die ein Stück nackter Haut beim Betrachten geweckt hat. Vielleicht auch ein Traum von Perfektion, der sich als Illusion entlarvt. Alles nur Schminke? Mit Katalog. Bis 19.10.

Marguerite Menz

Françoise-Hélène Brou "Travaux récents de Nicole Hassler" Scènes Magazine, octobre 2002, Genève

Dans les galeries de Genève
FASCINATIONS DE LA SUPERFICIE

Travaux récents de Nicole Hassler

Nouveaux jeux de séries où interviennent peintures, photographies et vidéo. Nicole Hassler explore aujourd’hui quelques lieux de superficie comme la peau et sa couverture artificielle que représente le maquillage avec sa série Compact Powder 2002, réalisée avec des peintures cosmétiques glycérophtaliques. Le choix et la disposition des formats, 12 tondos de 40cm de diamètre agencés en rectangle posent d’emblée une tonalité classique, une expression de l’harmonie que soulignent délicatement des tonalités de chair passant du rose nacré à l’orangé, au mat ocré. Ces couvertures lisses aux noms de femmes (Annélie, Renate, Véronique, Nadia…) évoquent des souvenirs de rencontre, des amitiés que l’artiste a cristallisées dans ces icônes de la féminité. Le make-up, ici devenu tableau, crée une unité abstraite du grain et de la couleur de la peau, phénomène déjà signalé par Beaudelaire dans son fameux ‹Eloge du maquillage›. En effet, l’artifice de la surface fait obstacle à la nature des choses et des êtres qui par essence se structurent en profondeur. L’esthétique s’oppose à cette nature profonde pour investir le champ des superficies et des supernaturalités. Ainsi le pigment de carnation de la peau se trouve-t-il supplanté par le pigment cosmétique tant dans le désir de séduction de la femme que dans la pratique de la peinture, autre forme de séduction. On découvrira aussi avec intérêt la série très tonique des Vernis à ongles 2001, les photographies de torse, de peau, qui s’opposent subtilement aux textures des peintures cosmétiques et enfin une vidéo intitulée Wannsee 2001 proposant une sorte d’interlude sonore, aquatique et balnéaire, images de jambes féminines, de corps au repos, de suspension du temps.

Françoise-Hélène Brou

Michèle Cohen-Hadria "Sous le visible" Septembre 1999, Paris

Sous le visible

Perturbantes, les surfaces monochromes de Nicole Hassler ont pour support insolite: l’épiderme. Des photographies de son visage jouxtant des carrés recouverts de fond de teint exhibent ses «tests» distants mais attentifs. Avec un rien de défi, elle applique sur sa peau des "bases correctrices" en surfaces radicales, totalisantes, affectant son visage d’un dur cramoisi, d’un bleu lunaire, d’un violet troublant etc. La photographie qui documente ce résultat n’échappe guère à l’analogie de sa précarité. Les noms des produits de beauté révèlent leur approche matérielle et ironique par l’artiste. Toutefois le visage ne représente qu’une étape pour Hassler qui songe à l’extension du cosmétique au torse de l’homme. Lorsque dans le passé, elle peignait ces noirs d’ivoire, d’oxyde, de manganèse, d’Espagne etc., c’était pour sonder d’imperceptibles écarts de lumière, de matière et durée que le monochrome assemble et cristallise. Que la peau soit changeante, et son maquillage éphémère, n’est pas indifférent. Car c’est par le biais d’une artificialité qu’Hassler aborde une dialectique du plan rarement abordée: celle de son improbable "enracinement" à la toile, et de sa superficialité. La certitude minimaliste d’une perception "en soi" du matériau en est déstabilisée, puisque le maquillage est ce qui n’est pas. Lier le monochrome à une fugacité (dont atteste la nécessité photographique), c’est peut-être réussir à isoler, pour mieux la penser, l’insaisissabilité même de son statut virtuellement absolu.

Michèle Cohen-Hadria

Valentine Raymond "Images doubles" Musée Jurassien des Arts à Moutier,
février 1999, Moutier

Images doubles

Les autoportraits de Nicole Hassler sont tous cadrés de la même manière, au plus près du visage, et dans le même format carré, 30 x 30cm. Mais l’identité de l’artiste reste insondable : selon les Fonds de teints (1996-1999), correcteurs ou naturels, son visage change radicalement. Il sert principalement de support aux fards, qui nous apparaissent également dans des monochromes sur fibre de verre alvéolée, de 30 x 30cm.

Depuis l’Antiquité, puis aux XVIIe et XIXe s., la couleur a été fréquemment jugée inférieure au dessin dans les théories sur la peinture. Nicole Hassler - après s’être consacrée au monochrome noir durant plusieurs années - joue aujourd’hui avec ce qui, dans cette tradition, a été jugé inférieur par rapport à l’essence platonicienne et masculine de l’art : l’apparence sensible, difficilement maîtrisable de la couleur, qu’on associait au maquillage, au Pharmacon grec, accusé de frivolité féminine.

Valentine Raymond

Laurence Carducci "Expérience beauté: gamme de fond de teints" L'Express, 28 novembre 1996, Neuchâtel

Expérience beauté: gamme de fond de teints

Dans le secret des laboratoires, se cachent des coloristes de premier ordre, sachant tirer parti des moindres nuances et des accords les plus étonnants pour créer des fonds de teint capables d’opérer de réelles métamorphoses. Ce prodigieux pouvoir a fasciné la plasticienne genevoise Nicole Hassler, qui a travaillé durant dix années à découvrir les différentes qualités du noir inlassablement posé en monochromie sur les mêmes carrés. L’œil exercé aux plus sensibles subtilités, elle n’a donc pas résisté au plaisir de refaire ses gammes, à partir de ces nouvelles palettes. Elle en a tiré la matière première d’une série d’expérimentations.

Ce détournement de matière ne s’est pas fait sans mal. Le fond de teint n’est pas durable, il a donc fallu le mêler à un fixateur neutre et lui trouver un support adéquat qui ne lui retire rien de sa luminosité. Le jeu s’est ensuite enrichi d’expressions brillantes ou mates. Nicole Hassler, comme les créateurs de fonds de teint, met également en évidence les complémentaires, utilisées pour les effets correcteurs de la couperose. Pour libérer la clarté d’un rose trop allumé, les verts et les bleus apportent donc leur modération. La jeune femme va plus loin encore, l’expérimentation revient au point de départ. Elle applique les fonds de teint sur son propre visage et les résultats sont photographiés.

Laurence Carducci

Françoise Ninghetto "Les noirs de Nicole Hassler" Kunst-Bulletin, avril 1993, n°4, Zürich

Les noirs de Nicole Hassler

Récemment, Nicole Hassler a participé à l’exposition collective de fin d’année à la Kunsthalle de Bâle. Elle a ensuite exposé (jusqu’au 20 février) à la galerie Rivolta à Lausanne. Là, elle a accepté un véritable défi: les murs de la galerie sont tendus de tissu noir. Qui voyait cet accrochage ne pouvait pas se remémorer Ryman lorsqu’il dit: "Hors les murs, elles n’auraient aucun sens. (…) La peinture n’existe pas indépendamment comme une chose, mais elle existe en relation. La signification d’une peinture dépend non seulement de l’interaction entre une peinture et un spectateur, mais aussi dans la relation avec l’espace. La peinture interagit avec l’espace (le mur, le plafond, le sol, la lumière) et le spectateur. C’est l’interaction qui initie l’expérience". Nicole Hassler avait choisi d’exposer les tableaux les plus foncés, les seuls qui pouvaient résister à l’absorption de la lumière par les mus sur lesquels ils étaient accrochés.

Nicole Hassler ne peint que des monochromes noirs. Elle n’a pas choisi de fonder toute sa démarche sur un a priori qui gouvernerait la forme visuelle de l’ensemble de sa pratique. Elle est arrivée à ce geste de "condensation" après avoir parcouru les différents espaces que lui offrait l’histoire de la peinture. Mais en même temps qu’elle acquérait ainsi son métier, le sujet, comme mis en déroute, ne parvenait bientôt plus à se frayer une voie sur ses toiles. Le moment était venu pour Nicole Hassler de réévaluer, pinceau à la main, la nature et le sens du tableau. Progressivement elle épure la composition, renonçant aux éléments qui la constituent, lignes, formes et couleurs. Dès lors, le tableau ne lui sert plus d’assise à la construction d’une scène, il devient le lieu, le ressort même de son travail de peintre.

Icône énigmatique, le monochrome restera sans doute comme l’une des formes les plus caractéristiques de l’art du 20e siècle. Et pourtant, il n’est souvent défini que par ses dénis, déni de l’image et déni de sujet. Son histoire ne cesse de venir buter contre le "Carré noir" de Malévitch et les "Couleurs pures" (rouge, bleu, jaune) de Rodchenko qui déclarait: "J’ai porté la peinture à sa fin logique". Les aventures du monochrome, qui "est bien sûr la dernière peinture, l’impasse mythique" (Rosalind Krauss), se confondent avec l’histoire de la peinture abstraite. Et celle-ci, comme l’a bien montré Yve-Alain Bois, s’est toujours efforcée de postuler sa fin. Mais de "fin de la peinture" il n’en est pas question ici. Sauf s’il s’agit de jouer sur le sens du mot "fin". Car, lorsqu’on évoque le travail de Nicole Hassler, la notion du "fini", de l’achèvement prend toute son importance.

Le temps, justement, dans le processus pictural jusqu’au résultat final est, pour Nicole Hassler, plutôt long. Car elle construit la surface à chaque fois qu’elle pose une couche. Et celles-ci sont nombreuses, "jusqu’à ce que la peinture ne demande plus à être peinte". Chaque couche est appliquée au pinceau, puis est poncée afin que disparaissent toutes les traces et les marques de l’outil. La dernière livrera une surface parfaitement lisse et neutre. Aucun trait, aucune ligne ne viennent perturber le champ; seule la couleur le qualifie. Nicole Hassler utilise des supports qu’elle choisit pour leur minceur et leur planéité: aluminium ou fibre de verre alvéolée. Questionnant l’identité de la couleur, elle prépare et travaille elle-même "ses noirs". Il y a les noirs presque gris, le noir de manganèse, ou de graphite; il y a les noirs profonds, noir d’os ou de carbone; ils sont brillants ou mats, absorbent ou réfléchissent la lumière.

Un monochrome nous renvoie toujours à l’expérience du regard. Celle qu’il fait dans l’instant, dans l’immédiateté. Et face (un monochrome exige d’être regardé en face) à ces surfaces prégnantes, il découvre que la couleur seule est source inépuisable d’effets. À celui qui sait s’attarder, elle livre une pluralité de sens insoupçonnés au premier abord. C’est à cette dimension-là que tend le travail de Nicole Hassler qui prouve une nouvelle fois que, dans le champ de l’abstraction, tout n’a pas été dit.

Françoise Ninghetto